Archives de catégorie : Articles sur La Bourdonnais

Port-Louis en 1736-1740

Description de Port-Louis à l’arrivée de La Bourdonnais

par Charles Léon Doyen

Extraits de l’ouvrage Histoire du Port-Louis Vol 1 de Jean-Marie Chelin

Construction du Port-Louis en 1736

À l’extrémité opposée de l’île, était le Petit Port ou Port-Louis, devenu définitivement le chef-lieu en 1731. En prenant, pour point de départ, l’ilot qui ferme le port à l’ouest, sur lequel on a bâti plus tard le Fort Blanc, formant alors une langue étroite et longue, finissant vers l’endroit où se voient les traces d’une ancienne redoute et qu’un petit canal séparait alors de la terre ferme, on arrivait en avançant vers le Sud au petit Cap, pointe de Codan, ensuite commençait, au-delà d’une petite anse, la grève qui rentrait vers l’artillerie (ex Place de l’Artillerie aujourd’hui Place Guy Rozemont) laissant à gauche le Parc de Tortues, côtoyait le chemin de Moka, passant au pied de la grande maison Monneron, remontait jusqu’à la rue Neuve Moka, d’où la mer détachait plusieurs bras jusqu’à la Chaussée, et venait mourir sur la Place d’Armes sur l’alignement de la rue Neuve Moka (rue John Kennedy). 

Entre cette place et la pointe de Codan, dans la nappe d’eau qui couvrait alors le sol de la future Gare Centrale (Place Victoria), des docks, des chantiers voisins du Quai des côtiers, surgissait un îlot de corail sur lequel on bâtit plus tard une poudrière transformée en observatoire. Aujourd’hui la région concernée est celle du front de mer du Caudan. 

À l’angle des anciens quais et bureaux de la Douane, s’avançait, dans la direction de la rue de L’Église et du Bazar une anse, un petit port ou barachois, à l’est et au sud duquel s’étendaient, du côté des rues de la Reine et Royale, des marécages où venait se perdre un bras du Ruisseau des Pucelles. L’est de la presqu’île de la douane et de l’hôpital, alors complètement nu, la mer formait le Trou Fanfaron. Sur la presqu’île on voyait une batterie commencée par M. Denyon, et un peu en arrière, une tour destinée à servir de moulin à vent. 

Un autre moulin à vent était en voie de construction lors de l’arrivée de La Bourdonnais. Construit en maçonnerie, de forme heptagone et en tour ronde de 18 pieds de diamètre et de 24 pieds de hauteur, il était protégé par une batterie appelée Batterie du Moulin et montée de 11 pièces de canons. Cette tour existe encore aujourd’hui et se trouve dans l’enceinte du bureau du Port où elle sert de sémaphore. Un autre moulin, construit aussi en tour ronde de 21 pieds de diamètre et 24 pieds de haut, fut élevé sur un îlot madréporique situé en rade et relié plus tard à la terre ferme par une chaussée. Cette tour servit ensuite de poudrière et enfin d’observatoire  météorologique. Elle fut démolie en 1880. Seul son mur d’enceinte, élevé sur un plan carré de 6 toises subsiste encore.

Sur l’île aux Tonneliers qui clôt le port au nord, on avait construit, sous M. de Maupin, un magasin couvert de feuilles. La ravine de l’Enfoncement, qui prend naissance au pied des montagnes, courant dans une direction nord et élargissant son lit en arrivant à la rue du Hasard, formant à partir de cet endroit une langue de terre longue, étroite et basse, au même niveau que les ruisseaux de droite ou de gauche, complètement noyée sous les eaux à la saison des grandes pluies, se terminait à la mer, à la hauteur de la Chaussée. 

Le ruisseau de gauche, dit le ruisseau du Pouce coulant directement des montagnes à la mer, celui de droite, ruisseau de la Butte à Thonier ayant sa source au pied de la Petite Montagne, suivant la ligne de la rue du Hasard, jusqu’à la rencontre de celle-ci avec la rue de la Poudrière formant là une espèce de chute, où, suivant une vielle tradition, les premiers habitants venaient guetter, à l’affût, les cerfs qui sortaient des bois du fond de la vallée pour s’y désaltérer ; puis traçant une équerre, coulant vers la mer parallèlement à l’autre ruisseau, tous les deux obstrués à leur embouchure par les vases qui recouvraient le terrain actuel de la rue Neuve Moka.

 Extraits de l’article présenté par Marcelle Lagesse publié dans La Gazette des Isles de Février 1986.

Dans la profondeur de l’Enfoncement, à peu près vers la rue du Hasard, venait finir une butte, cette éminence où s’élève aujourd’hui l’Église St James, ancienne poudrière et à travers de laquelle a été percée la rue La Bourdonnais, reçut le nom de Butte à Thonier, un de ses premiers habitants du lieu. La partie de l’Enfoncement, la plus voisine de la mer, vit la création d’un jardin par M. Durongouet qui a conservé le nom de Jardin de la Compagnie. 

Sur la rive gauche du Ruisseau du Pouce, à toucher le pont et en face de la rue de Castries, se dressait le lieu des exécutions, doté d’un sinistre appareil, les fourches patibulaires. Le lieu était nommé Le Temple de Douceur. Félix de Froberville le décrit comme suit :
« Au pied, étaient quelques soldats armés, un greffier, et auprès, un échafaud, une échelle, un billot, une hache, tout l’appareil enfin de la mort épouvantable ! Au patient qui restait debout, on présentait une coupe amère, bien amère…et il la vidait jusqu’à la dernière goutte »

Source : Le Jardin de la Compagnie 200 years ago de Anand Moheeputh extrait de Témoignages – Pour un Jubilé – Municipalité de Port-Louis.
De l’emplacement de la Chaussée à la mer, la grève était couverte à marée haute et c’était le lieu où l’on déposait les immondices. Au-delà débutait un sinueux chemin, devenu la rue Moka, conduisant à ce quartier et à la Grande Rivière Nord-Ouest où à une lieue de distance on se rendait pour puiser l’eau nécessaire aux besoins des habitants car les ruisseaux traversant le camp produisaient un breuvage malsain. Extraits de l’article de Marcelle Lagesse publié dans La Gazette des Isles de Février 1986.

Un recensement de la population est entrepris le 25 mars 1735. La population de l’île s’élève à moins de 3 000 individus, esclaves compris. Port-Louis est habité par 1 676 âmes alors que le Port-Bourbon compte 246 habitants. Hormis le café, qui d’ailleurs venait mal, aucune culture n’avait été entreprise. Il y régnait de grands désordres résultant de la politique de la Compagnie des Indes. Il sera dit que Maupin n’avait rien entrepris d’utile et même freiné les initiatives. Il avait laissé à La Bourdonnais des gens qui criaient famine, des ports sans fortifications avec leurs sentiers et leurs cases aux toits de chaume.

ELOGE DE MAHE DE LA BOURDONNAIS EN 1859

JAMES MILL.
(The History of British India-London, 1858, Vol. III, p. 39 et seq…)

En 1735, La Bourdonnais fut nommé gouverneur des Iles. C’était un homme remarquable… Ses connaissances et ses capacités le désignèrent au gouvernement français comme l’homme ayant toutes les qualités voulues pour relever les colonies des mers orientales de l’état de dépression dans lequel elles se trouvaient. En 1734 il fûtnommé gouverneur-général des Iles de France et de Bourbon où il arriva en Juin1735. On avait si peu fait pour améliorer ces îles, que les habitants qui étaient en très petit nombre vivaient presque à l’état de nature.

Ils étaient pauvres et n’avaient aucune industrie, et ignoraient presque tous les arts utiles. Ils n’avaient ni magasins, ni hôpital, ni fortifications, ni force défensive militaire ou navale. Ils n’avaient ni routes, ni bêtes de somme, ni véhicules: La Bourdonnais avait tout à faire, et il pouvait tout faire. Capable d’exécuter aussi bien que de concevoir, il était à même de construire un vaisseau depuis la quille. Il remplit les fonctions d’ingénieur, d’architecte et d’agriculteur: il dompta des bœufs, construisit des véhicules, ouvrit des chemins: il mit des noirs en apprentissage sous les quelques artisans qu’il avait emmenés avec lui : il persuada aux habitants de cultiver leurs terres; et introduisit la canne à sucre et l’indigo: il fit fleurir l’industrie et les arts utiles; luttant contre l’ignorance, les préjugés et cette habitude de paresse invétérée chez ceux avec lesquels il se trouvait et qui à chaque pas lui faisaient de l’opposition. Pour mettre un peu d’ordre et de vigilance dans la direction même de l’hôpital qu’il avait construit, il lui fallut remplir les fonctions de surintendant, et chaque matin pendant toute une année il visita régulièrement cet hôpital.

La justice, administrée par les Conseils auxquels ces fonctions appartenaient régulièrement, l’avait été d’une façon telle qu’elle avait donné lieu à de grands mécontentements. Pendant les douze années que La Bourdonnais fut gouverneur il n’y eut qu’un seul procès à l’île de France, il avait lui-même réglé, par arbitrage, tous les différends…

C’est en vertu d’un article exprès des ordres qu’il avait reçus de la métropole que La Bourdonnais consentit à rendre Madras. Mais rien ne pouvait être plus contraire aux vues de Dupleix. Il conseilla, supplia, menaça, protesta; La Bourdonnais, néanmoins continua à remplir avec fermeté les engagements qu’il avait contractés. Non seulement Dupleix refusa toute assistance pour accélérer le transport des marchandises et pour permettre aux navires de quitter Madras avant les ouragans qu’accompagne généralement le changement de mousson, mais encore il souleva toutes les difficultés possibles, et alla même jusqu’à fomenter la sédition parmi les hommes de La Bourdonnais, dans l’espoir de le voir arrêté et conduit à Pondichéry. Dans la nuit du 13 Octobre, une tempête s’éleva et força les navires à prendre le large. Deux furent perdus; et l’un des deux en outre ne sauva que quatorze hommes de son équipage. Un autre fut entraîné si loin dans le sud qu’il ne lui fut pas possible de regagner la côte; tous perdirent leurs mats et éprouvèrent de grandes avaries. Sourd aux plus pressantes demandes de secours, Dupleix maintint son opposition. A la fin, on suggéra la modification des articles du traité de rançon de façon à donner aux Français le temps d’enlever les marchandises. La Bourdonnais et les Anglais acceptèrent, quoique avecrépugnance, que le temps fixé pour l’évacuation de la ville fut changée du 15 Octobre au 15 Janvier’. C’était tout ce q1:e désirait Dupleix…

Il se hâta de partir pour l’Europe pour se défendre des accusations de ses ennemis ou pour y répondre ; il prit passage à bord d’un navire hollandais. En raison de la déclaration de guerre le bateau fut forcé de se réfugier dans un portanglais. La Bourdonnais fut reconnu et fait prisonnier; mais on connaissait sa conduite à Madras et on s’en souvint. Toutes les classes de la société le reçurent avec honneur et distinction. Pour éviter sa détention, un directeur de la Compagnie des Indes Orientales offrit de le cautionner de sa personne et de ses biens. Le gouvernement, avec la même magnanimité, refusa l’offre, ne voulant d’autre caution que la parole de La Bourdonnais. On le traita différemment en France. Les représentations de Dupleix étaient arrivées: un frère de Dupleix était directeur de la Compagnie des Indes Orientales; Dupleix n’avait fait que violer un traité solennel; La Bourdonnais n’avait fait que servir son pays avec fidélité et gloire- et il fût jeté à la Bastille…

1859 SA STATUE A port LOUIS

Statue Mahé de La Bourdonnais à Port-Louis (île Maurice)

Ce livre paru en 1899 rassemble des textes très intéressants rédigés par des auteurs variés pour les cérémonies de l’inauguration de la statue le 30 août 1859 à Port Louis organisée par le Comité du bicentenaire : le sommaire est le suivant :

I. Acte de naissance

II. Nomination de Mahé de La Bourdonnais à la place du Gouverneur Général p.13

III. Mahé de La Bourdonnais par Saint-Elme Leduc (1735-1746) p.17

IV. Mahé de La Bourdonnais d’après quelques écrivains p.54

V. L’île Maurice reconnaissante – Inauguration de la statue – p.130 

compte- rendu de l’évènement p.134 et suivantes
lire le livre