Le professeur Philippe Haudrère nous a quitté. Discours à ces obsèques.

C’est avec une grande tristesse que nous vous apprenons le décès de notre ami le Professeur Philippe Haudrère à l’âge de 81 ans.

Professeur émérite des Universités, Président d’Honneur de la Société Française d’Histoire Maritime.

Ancien secrétaire perpétuel et membre titulaire de l’Académie de Marine.

Ancien président de 2010 à 2013 , puis vice-président de l’Association des Amis de Mahé de La Bourdonnais.

Nous admirions tous l’éminent historien de l’océan Indien, dont la thèse d’Etat sur les Compagnies des Indes reste une référence internationale dans le monde universitaire.  

Ses conférences distillées avec sa voix si particulière, ses visites commentées, ses travaux sur Mahé de La Bourdonnais, sur les Compagnies des Indes, sur ces Messieurs de Saint-Malo ont fait l’objet de nombreux ouvrages sur ces sujets maritimes. Il a été un président très actif, puis a toujours conseillé et encouragé les actions de notre association, répondant présent autant que possible. Par ses innombrables écrits, ses conférences, son érudition et son implication constante, le Professeur Philippe Haudrère, par ailleurs d’une grande modestie parmi ses pairs, aura marqué profondément l’Association des Amis de Mahé de La Bourdonnais. 

Nous saluons la sagesse de l’homme, sa modestie et sa bienveillance.

Nous nous unissons à la famille et partageons leur peine. 

Les obsèques du Pr. Philippe Haudrère ont eu lieu le jeudi 25 novembre 2021 à 10h30 à l’église Saint Médard.

Voici le discours prononcé par Hélène Richard aux obsèques. 

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Obsèques le 25 11 2021 à 10 h30 à l’église St Médard 

En rappelant au nom de l’Académie de Marine et de la Société française d’histoire maritime l’activité scientifique et l’engagement associatif du Professeur Philippe Haudrère, il me revient de saluer tout d’abord un très grand historien. 

Sa thèse sur la Compagnie française des Indes, soutenue en 1987, a été immédiatement remarquée tant en France qu’à l’étranger et a fait de lui aussitôt le spécialiste incontesté de ce sujet. 

Il a poursuivi ses travaux sur le commerce maritime, sur l’histoire de l’océan indien et sur le premier empire colonial français. Ses publications sont innombrables : livres, articles ou direction d’ouvrages collectifs. 

Historien rigoureux, il a poursuivi jusqu’à ces derniers mois ses recherches dans les archives ou les bibliothèques, toujours soucieux de compléter ses travaux et de les approfondir à la lumière des découvertes d’autres historiens, ou pour répondre à des sollicitations ou à un questionnement nouveau. 

Il a participé à de très nombreux colloques et congrès, en en assurant la présidence ou en élaborant la synthèse. Il était toujours disponible pour faire progresser une discussion ou permettre qu’une réunion scientifique puisse se tenir dans de bonnes conditions. 

Qu’il me soit permis de rappeler le souvenir de son épouse, souvent à ses côtés lors de ces manifestations. Je garde personnellement le souvenir de sa présence auprès de lui pendant des réunions scientifiques organisées par Michel Mollat du Jourdin. 

Philippe Haudrère, avait commencé sa carrière d’enseignant en 1965 au cours des deux ans qu’il passa à Madagascar, dans le cadre de la coopération. Il enseigna ensuite à Paris, aux Lycées Arago et Henri IV, avant d’être nommé Professeur d’Histoire Moderne à l’Université d’Angers, où se déroula toute la suite de sa carrière. Sa bienveillance tout comme sa rigueur lui firent jouer un rôle important dans les fonctions administratives de l’Université. 

C’était un pédagogue attentif à ses étudiants, les aidant dans leurs recherches ou dans la préparation de leur avenir professionnel. Nombreux sont à ce titre les témoignages d’anciens étudiants ou de collègues. 

Mais Philippe Haudrère élargit très vite son rôle de pédagogue en se souciant de vulgarisation, domaine dans lequel il excellait. Il joua un rôle extrêmement actif dans les sociétés savantes, lieux de vulgarisation s’il en est. 

Son action au sein de la Commission française d’histoire maritime, qu’il présida de 1995 à 2000, est tout à fait remarquable. Il décida en effet, en 2000, en accord avec Etienne Taillemite qui présidait alors le Comité français de documentation sur la Marine, de fusionner ces deux sociétés. C’est ainsi qu’est née la SFHM. Grâce à la réunion des moyens, des adhérents et des soutiens des deux associations, la Société française d’histoire maritime a pu prendre le relais de leurs missions et poursuivre leur oeuvre de vulgarisation et de rayonnement au profit des travaux d’histoire maritime. 

Il en était président d’honneur, et il continuait à conseiller le bureau dès que celui-ci le sollicitait, à participer à ses journées d’études et à son comité de lecture. Ses articles dans la Chronique d’histoire maritime sont très nombreux. 

C’est en 1998 qu’il fut élu à l’Académie de Marine, au siège laissé vacant par Michel Mollat du Jourdin. Il y entra alors avec toute l’aura de ses travaux scientifiques. Mais, là encore, pour lui, il ne s’agissait pas de profiter d’un titre. Il travailla et publia sur l’histoire de la Compagnie, mais surtout il consacra du temps, beaucoup de temps à l’Académie. 

Depuis plusieurs années, il présidait la commission des prix littéraires, une fonction à laquelle il était très attaché. Il présidait encore la séance de remise des prix il y a juste un mois. 

En 2006, il avait été élu président de la section Histoire, Lettres et Arts, mais il abandonna cette fonction pour devenir, en 2011, secrétaire perpétuel adjoint, assurant la publication des Communications et mémoires de l’Académie, ainsi que le Bulletin mensuel destiné aux membres. Il conserva cette charge jusqu’en 2020 et j’ai été très honorée et très heureuse qu’il me demande de le remplacer. Ceux qui ont travaillé avec lui pour ces publications gardent le souvenir de sa bienveillante rigueur. 

On ne peut évoquer Philippe Haudrère sans penser à sa gentillesse et à sa bienveillance, qui n’avaient rien de faiblesse, tant il restait toujours exigeant. 

Toujours disponible, délicat, humble malgré sa grande science, il était attentif à ceux qui l’entouraient. 

Il parvenait, grâce à cette sensibilité et à cette attention, à trouver les solutions nécessaires pour ne froisser personne mais résoudre les difficultés. 

Il nous a quittés si brutalement, lui qui venait encore dans nos locaux il y a quelques jours, qu’il nous laisse tous démunis et affligés. 

Hélène Richard